Biographie

«Baptiste est de Bordeaux, ville d'arrivées et de départs, port et estuaire, et il est d'Aquitaine, pays d'eau, pays à part, qui a longtemps gardé dans sa mémoire des traces archaïques (pistes de transhumance, écriture des pierres), ainsi que des traces de culture ancienne, gréco romaine en l'occurence, et cela malgré l'oubli croissant.
La vraie littérature avait déserté Rome (Virgile et Ovide morts depuis longtemps) elle continuait dans les cités helléniques de Provence ou encore, d'une façon plus discrète, ici, en Aquitaine où le monde de pierre parlait encore à l'océan et où l'esprit était ouvert au vent Ausone à Théon : "vous qui labourez les terres sableuses de l’Atlantique" et à Paul: "là où les eaux gonflées de la Garonne provoquent la mer"

Baptiste a tout cela enfoui (je veux dire, non explicitement programmé) en lui cette mémoire, ce sens d'un espace de plus en plus oublié, dont il essaie de recueillir et de réunir les traces, ce besoin de partir et d'arriver (avec l'espoir latent et lancinant d'aborder peut être un jour au "grand rivage"). C'est pour cela que le travail dans son atelier bordelais est entrecoupé si souvent ("prolongé", faudrait il dire plutôt) par des voyages vers les mers et les terres gréco latines ou vers les Antilles. Il y a chez lui de l'archéologie, mieux, de Parchéographie, liée à un élan exotique.

Baptiste, donc, voyage, vers Rome, Naples, Syracuse, Athènes, vers les îles de la mer Egée et de la Caraïbe, et il essaie de voir, il prend des notes (pensées fugaces), il relève des traces (sur les murs, sur les trottoirs), il fait des empreintes au crayon gras, il fouille la terre pas à pas. Cette terre fait signe, elle parle (est ce pour cela que Baptiste se penche si souvent vers les bouches d'eau, voire les bouches d'égoût, comme s'il y avait là un profond et odorant secret ?). Mais c'est un langage confus, brouillé, polysémique, fait, peut être, de plusieurs langues à la fois, de grammaires diverses, le tout essayant de dire une réalité immense, énorme.»

(Kenneth White in le festin, revue d’art 1991)